DGCP RDC

Réforme de la décentralisation : la nouvelle DGTCP à Kinshasa peut-elle enfin mettre fin au désordre de l’ordonnancement budgétaire ?

Kinshasa — La réforme longtemps attendue de la chaîne de la dépense publique franchit un cap décisif. Le gouvernement a officiellement opérationnalisé la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP), un organe clé censé restructurer la gestion de la trésorerie de l’État et restaurer la discipline budgétaire.

Quatorze ans après son inscription dans l’architecture légale des finances publiques, la DGTCP entre enfin en action. À la manœuvre : le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, qui présente cette étape comme « le début effectif de la déconcentration de l’ordonnancement ».

Une réforme stratégique dans un contexte budgétaire sensible

L’enjeu est majeur. Avec un budget 2026 estimé à plus de 54 000 milliards de francs congolais, la maîtrise des flux financiers devient impérative. Les critiques récurrentes sur l’exécution budgétaire — retards de paiement, doublons administratifs, faiblesse du contrôle interne, tensions de trésorerie — ont accentué la pression en faveur d’une réforme structurelle.

La DGTCP est appelée à :

  • Séparer clairement les fonctions d’ordonnateur et de comptable public
  • Centraliser et sécuriser les opérations de trésorerie
  • Améliorer la traçabilité des dépenses
  • Renforcer le contrôle interne
  • Réduire les paiements irréguliers

Installée à Kinshasa, elle constitue le pivot d’une nouvelle organisation des finances publiques dans le cadre plus large de la décentralisation.

Ce que cela change concrètement

Jusqu’ici, l’ordonnancement budgétaire souffrait d’un manque de coordination entre services centraux et entités déconcentrées. La réforme vise à rationaliser la chaîne de la dépense en instaurant une gestion plus technique et moins dispersée.

Selon le ministre des Finances, le Trésor devra désormais jouer un rôle « stratégique », en assurant une planification rigoureuse des décaissements et une meilleure anticipation des tensions de liquidité.

Cette mutation institutionnelle s’inscrit également dans un mouvement plus large de modernisation administrative : révision des manuels de procédures, renforcement des audits, et volonté affichée d’alignement sur les standards internationaux de gestion publique.

Entre espoir et prudence

Sur le papier, la réforme coche toutes les cases d’une bonne gouvernance financière. Mais son succès dépendra de plusieurs facteurs déterminants :

  • La capacité réelle de mise en œuvre dans les provinces
  • L’appropriation des nouvelles procédures par les administrations sectorielles
  • L’effectivité des mécanismes de contrôle et de sanction
  • La continuité politique de la réforme

L’histoire récente montre que l’existence d’un cadre juridique ne garantit pas toujours son application rigoureuse.

Un tournant institutionnel

L’opérationnalisation de la DGTCP marque néanmoins un tournant symbolique et institutionnel. Elle traduit une volonté de remettre de l’ordre dans l’exécution budgétaire, à un moment où la crédibilité financière de l’État est scrutée tant au niveau national qu’international.

La question demeure : cette nouvelle architecture mettra-t-elle fin au désordre chronique de l’ordonnancement budgétaire, ou s’ajoutera-t-elle à la liste des réformes inachevées ?

Les prochains mois seront déterminants pour mesurer si la réforme dépasse le stade déclaratif pour produire un changement structurel durable dans la gestion des finances publiques congolaises.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *